Qu'est-ce que la Langue des Signes ?

La Langue des Signes Française (LSF) est une langue naturelle utilisée par les Sourds.

Gestuelle et visuelle, elle s'est enrichie au fil des ans et permet d'échanger des idées, des informations… comme dans toute autre langue.

Pour en savoir plus :

Au cours de conversations entre personnes dites "entendantes", il n'est pas rare de s'apercevoir que le discours oral est émaillé d'un ou plusieurs signes gestuels. Tout comme les mots prononcés, les signes utilisés sont précis et compréhensibles par tous. C'est ainsi que le pouce levé signifiera "c'est bon !", que l'index placé sur la bouche est là pour dire à l'interlocuteur "chut !" ou encore "il ne faudra pas le répéter".

D'autres signes conventionnels existent et sont d'ailleurs propres à une culture donnée (1). La main plate, par exemple, placée au-dessus de la tête (avec un déplacement vers l'arrière) fait comprendre que le "signeur" en a assez. L'expression du visage, selon le cas souriant, autoritaire, agacé, renforce le propos tenu.

Un grand nombre de ces signes sont communs aux sourds et aux entendants : "Viens ici !", "Lui, il est dérangé de la tête !", "Avoir la trouille" se disent de la même façon chez les premiers comme chez les seconds.

Cependant, le lexique gestuel des sourds est quantitativement plus important. Et ce lexique est employé dans des phrases exprimant des idées, des informations… tout simplement parce les sourds pratiquent une véritable langue, et pas seulement un code gestuel.

Cette langue, qualifiée de « mimique », de « langage gestuel », de « langage des signes », etc., selon les lieux et les époques, a toujours existé dans les agglomérations urbaines où les sourds étaient assez nombreux pour se regrouper. Mais elle n’a vraiment pris son essor, en France, qu’avec le mouvement éducatif initié, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, par l’Abbé de l’Epée. Les établissements scolaires et les lieux de rencontre où elle pouvait être pratiquée se sont alors multipliés, et sa continuité était ainsi assurée.

Nous avons pu relever nombre d’approximations, voire d’inexactitudes, dans divers écrits consacrés à ce qui est aujourd’hui appelé la Langue des Signes Française (LSF). Il importe donc de rétablir ici les faits :

-          l'abbé Charles-Michel de l'Epée (1712-1789), instituteur gratuit des sourds-muets en France, n'est en rien l'inventeur de la langue des signes. Celui-ci s'était juste fait l'étudiant de ses propres élèves sourds (en apprenant leurs mots-signes) et avait choisi une pédagogie résolument "gestualiste". 

 -          l'abbé de l'Epée n'a pas non plus inventé l'alphabet manuel des sourds (ou dactylologie). Cet alphabet, différent d'un pays à un autre, existait déjà auparavant. 

 -          la langue des signes n'est pas universelle. Un sourd français, locuteur de la LSF ne pourra d'emblée communiquer aisément avec un sourd britannique, chinois ou australien. Les sourds venant de pays différents ont néanmoins besoin de moins de temps qu’il n’en faut aux entendants dans le même cas pour réussir à communiquer entre eux : il leur est en effet possible d’échanger sur la base de signes plus simples que leurs signes nationaux. 

Il convient toutefois de reconnaître qu'à côté des signes appris des sourds, l'abbé de l'Epée en a inventé d'autres, dits "signes méthodiques". Ceci en vue de les utiliser dans le cadre de l'enseignement dispensé à ses élèves. Ces signes étaient, pour la plupart, assez complexes quant au fond et bien peu sont restés jusqu'à nos jours.

 

> Pourquoi employer le terme de langue ?

Les études menées par des linguistes ont mis en lumière que la communication gestuelle établie entre les sourds avait toutes les caractéristiques d'une langue. Aux Etats-Unis, William C. Stokoe Jr (1919-2000) fut le précurseur avec une monographie publiée en 1960 intitulée "Sign Language Structure". Cet ouvrage fut suivi par le premier dictionnaire d'ASL (American Sign Language) paru en 1965, "A dictionary of American Sign Language on Linguistic Principles" à la compilation duquel Stokoe a travaillé avec deux collègues sourds de l'université Gallaudet (Washington), Carl Cronenberg et Dorothy Casterline. 

Tout comme il existe des langues vocales, il existe des langues gestuelles qui utilisent non le canal audio-oral mais le canal visuel-gestuel. Dans son "Cours de linguistique générale", F. de Saussure (1967, p°s 21 à 26) écrit : "L'essentiel de la langue, nous le verrons, est étranger au caractère phonique du signe linguistique". Se référant au travaux du linguiste américain Whitney, il poursuit : "Les hommes auraient aussi bien pu choisir le geste et employer des images visuelles au lieu d'images acoustiques". 

En France, avec le regain d'intérêt manifesté à partir des années 1980 pour la langue des signes, bon nombre d'articles et de travaux universitaires autour de ce thème ont vu le jour. Christian CUXAC, aujourd'hui professeur de linguistique à l'Université de Paris VIII, travaillera pendant plusieurs années sur la linguistique de la langue des signes française et soutiendra en 1996 à l'Université René Descartes, Paris V une thèse de doctorat d'Etat  "Fonctions et structures de l'iconicité dans les langues des signes ; analyse descriptive d'un idiolecte parisien de la Langue des Signes Française". 

Aujourd'hui, il est admis, au delà du seul cercle de linguistes que la langue des signes constitue une langue à part entière (2), avec son vocabulaire, sa grammaire, sa syntaxe. 

Cette langue est désormais enseignée à un public diversifié : lycéens, étudiants, professeurs, éducateurs, parents d'enfants sourds, professionnels du secteur médico-social …

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Notes de bas de page :

1) Sur ce point, on pourra consulter l'ouvrage de Desmond Morris dont le titre original est "Body Talk" (traduit en français par "le langage des gestes"), Marabout, 1994.

(2) Il aura fallu attendre la reconnaissance tardive et officielle de l'Education Nationale survenue le 13 février 2002. Jack LANG, alors ministre, déclara notamment que "(l')on doit enfin envisager un diplôme spécifique de compétences sur le modèle des diplômes de langues étrangères".
Plus récemment, la loi n°2005-102 du 11 février 2005 a inclus dans son article 75 : "Après la section 3 du chapitre II du titre Ier du livre III de la deuxième partie du code de l'éducation, il est inséré une section 3 bis ainsi rédigée :

« Section 3 bis

« L'enseignement de la langue des signes

« Art. L. 312-9-1. - La langue des signes française est reconnue comme une langue à part entière. Tout élève concerné doit pouvoir recevoir un enseignement de la langue des signes française. Le Conseil supérieur de l'éducation veille à favoriser son enseignement. Il est tenu régulièrement informé des conditions de son évaluation. Elle peut être choisie comme épreuve optionnelle aux examens et concours, y compris ceux de la formation professionnelle. Sa diffusion dans l'administration est facilitée. »

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Pour découvrir les particularités de la LSF, vous pourrez poursuivre votre lecture avec le bulletin d'information "Langues et cité" n° 4 consacré à la langue des signes française (novembre 2004). Nombre de pages : 16

Ceci depuis le site de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF)

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